Nina Papaconstantinou
Elika Gallery, Athènes
Site de l’artiste
Bookcase
8 mai 2012
Le bleu profond forme une masse dense aux bords vibrants. Ce qui apparait de loin comme une entité floue devient à la lecture une texture de mots copiés les uns par-dessus les autres jusqu’à saturation et perte du sens. À chaque page correspond un ouvrage plein et entier prenant corps dans l’espace imparti. Selon le livre mis en mots, le bleu du carbone s’aère ou s’assombrit, les poèmes s’effilochent comme des jeans usés quand les romans forment un tissu rêche et compact. Seules quelques lettres émergent du tissage des mots superposés, révélant discrètement la nature de la chose écrite.
La linéarité et l’enchainement des phrases ont disparu au profit d’un agglomérat illisible de mots devenus signes enchevêtrés, engloutissant les images mentales inhérentes à la lecture. Les circonvolutions de la narration deviennent entrelacs dessinés. Chaque livre prend une visibilité autre, devenant un corps tracé mot à mot. Un livre lu, une page écrite, le principe est simple, imparable. L’anachronisme de la copie manuelle lente et laborieuse ajoute à la singularité de l’œuvre. À l’ère du texte filant et déroulant, Nina Papaconstantinou consacre à la chose écrite le temps long de la lecture, dans un double mouvement d’apparition de l’un et de disparition de l’autre.
New York
29 avril 2012
to A.
Le voyage commence à l’instant où il se décide, bien avant que ne s’opère le déplacement réel. Paradoxalement, le temps du voyage est autre, surdimensionné comme si le fait de s’éloigner des siens jouait sur l’élasticité des heures. Après quelques jours passés ailleurs, je reviens riche de découvertes, d’images, de sons, de perspectives extraordinaires, bercée par la musique d’une langue et encore pleine d’émotions fortes.
Tout le travail de Cindy Sherman est contenu dans une série d’une vingtaine de petites photographies colorisées, située au tout début de l’exposition rétrospective présentée au Moma. On y voit la transformation du corps, image après image. Au moyen de quelques artifices relativement simples (maquillage, habillage) nous assistons à l’effacement d’une personne au profit d’un personnage. Les moyens techniques auront beau se perfectionner au cours de sa carrière, les formats augmenter et les séries se multiplier, tout est là, condensé en une vingtaine de petites photographies agencées sur trois lignes.
L’intensité d’une expérience ne se mesure pas au flot de mots qui en découle. Prendre un des bonbons offert par Felix Gonzales-Torres et poursuivre ainsi le partage d’une œuvre, contempler les tableaux immaculés d’Agnès Martin, se laisser submerger par le chant baroque mis en espace par Janet Cardiff ou écouter la ville, lové dans l’espace agencé par James Turrell, tels sont les instants précieux qu’il me fallait absolument rapporter de si loin jusqu’ici.