Jesper Just

MAC/VAL , Vitry-sur-Seine
Galerie Perrotin
18 janvier 2012

La vie des œuvres est faite de hauts et de bas, de temps d’exposition ponctués d’absences hors circuit, de déplacements au gré des prêts ou des achats, rythmés par la double cérémonie d’emballage / déballage. Il arrive parfois à des multiples d’être présents simultanément en différents endroits, ce qui prouve non seulement leur don d’ubiquité mais permet surtout de vérifier qu’une œuvre produit son effet quelles que soient les conditions de sa présentation.

Les films de Jesper Just font l’objet d’une exposition monographique en centre d’art et d’une courte présentation en galerie. Au MAC/VAL, chaque vidéo dispose de son propre espace clos, ce qui induit une déambulation entre les salles, brève mais salutaire parenthèse entre chaque projection, histoire de remettre à plat les compteurs avant une nouvelle découverte. Un dispositif particulier est réservé à « This Nameless Spectacle » projeté sur deux écrans géants en vis-à-vis, obligeant à un double regard, par ailleurs sujet du film. La plongée dans l’œuvre de Jesper Just est totale, les ambiances se répondent les unes aux autres, les acteurs jouent des différents rôles qui leur sont attribués, les bandes-son se complètent. Chaque vidéo participe à la construction d’un monde énigmatique, muet et sous tension.

Autre lieu, autre ambiance. À l’étage de la galerie Perrotin, trois films sont montrés en boucle – dont un présenté à Vitry. Les autres salles de la galerie étant occupées par des sculptures et des installations d’artistes différents, un temps d’adaptation est nécessaire pour se défaire de ce qui précède et plonger littéralement dans la lenteur des plans et la narration ténue. La transition entre les différents univers ne se fait pas immédiatement mais le temps accordé à une œuvre est récompensé au centuple. Après l’immersion et le voyage, c’est à regret que se fait le retour à la surface.







Pour un art pauvre

Carré d’Art – Musée d’art contemporain de Nîmes
4 janvier 2012

Aller ailleurs comme en bas de chez soi, le soleil en plus.

Le Carré d’Art est un bloc à la fois dense et ouvert où tout circule parfaitement : les hommes, le regard et la lumière. Le lieu est généreux, aérien. Les murs de verre ouvrent des perspectives jusqu’aux toits de la ville. Investie par des œuvres sobres et subtiles, l’espace se révèle en tant qu’architecture et entretient avec les sculptures présentées un rapport singulier.

La première salle – en fait un lieu de passage – est offerte à Abraham Cruzvillegas et son arc en suspend marque la diagonale du lieu en toute légèreté. S’en suit un compas de Katinka Bock dont une des branches prend appui sur le sol, formant un cercle tracé par le seul regard. Échappant à la vue, un ballon est maintenu caché à l’arrière d’un pan de mur, visible depuis une salle sous-jacente mais révélé par l’entremise de l’installation. À l’étendue de la salle suivante répond celle d’un fragile tapis de pigment, poudre libre contenue dans une forme stable mais prête à la dispersion. Installé verticalement, le pan de moquette de Thea Djordjadze court du mur jusqu’au sol et tient lieu autant d’espace d’exposition que de surface colorée intégrée à l’œuvre.

La terrasse est occupée en deux temps : en permanence par les pliages de métal de Gabriel Kuri et occasionnellement par les fumeurs de l’établissement, laissant au passage quelques mégots sur ces réceptacles décalés. Remplies, vidées et à nouveau occupées, les bouteilles d’Abraham Cruzvillegas accueillent autant de tiges végétales qu’il en faut pour densifier l’espace et faire écho à l’unique arc de bois précédemment rencontré.

Avec les œuvres de Gyan Panchal et Gedi Sibony, les couleurs ajoutées disparaissent et le matériau continue à être pris à contre-emploi pour en révéler toute la fragilité. Les plans verticaux sont brisés, en tension avec le mur porteur. Blocs de matière sédimentée, les deux pièces minérales de Guillaume Leblon scandent l’espace comme deux bornes d’une même ligne temporelle.

C’est point par point que Katinka Bock matérialise la succession des jours. Tel un chapelet égrené méthodiquement, chaque pavé est déplacé d’une extrémité à l’autre de la ligne courant le long du mur. Instable et précise, l’œuvre marque ainsi cette attention constante à l’espace et au temps, à la circulation des choses et des êtres qui les contemplent.







Jeudi 29 décembre

Centre Pompidou
Galerie Kamel Mennour

Faire et refaire, encore et toujours. Reprendre le motif et changer le reste. S’obstiner, ne pas détourner son attention avant d’en avoir fini avec ce qui résiste. Garder le cap, diraient les marins. Contre vents et marées.

Edvard Munch n’épuise un sujet qu’au travers de ses variantes. Reprises jusqu’à l’obsession, les figures emblématiques de son œuvre se déclinent en autant de versions que de facettes d’un même visage, la multiplicité des toiles ajoutant à la valeur du sujet.

L’estrade est de petite taille, un seul homme peut s’y mouvoir. Bordée d’ampoules constamment allumées, elle attend que l’on vienne l’occuper, y bouger son corps au son étouffé d’un baladeur égoïste. Felix Gonzalez-Torres est un virtuose de l’absence et pourtant ses œuvres engendrent l’énergie vitale propre à ceux qui résistent à tout, encore et encore.

Entre le bricolage et l’oeuvre architecturale, le travail de Tadashi Kawamata se vit plutôt que se contemple. Matérialisation de la vague dévastatrice du 11 mars 2011, l’installation déborde au sens littéral et s’étend du fond de la galerie jusqu’au porche de la cour intérieure. En immersion sous la surface, sans point de repère face à la masse de matériaux, l’air vient à manquer, signe que l’évocation fonctionne à plein. Avec une économie de moyens remarquable, Kawamata donne forme à l’anéantissement et ramène un évènement hors de portée à hauteur des yeux. Contre l’incommensurable, une œuvre faite de trois fois rien peut se révéler salvatrice.







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