Stéphane Thidet

Galerie Aline Vidal // « Les recherches d’un chien » La maison rouge

L’eau a rongé les pages, creusant l’épaisseur du papier, laissant les feuilles former les courbes de niveaux d’un improbable relief. « Journal de bord / Petit théâtre des opérations (la goutte d’eau) » est une sculpture faite par le temps, où l’inoffensive goutte d’eau se révèle être aussi destructrice qu’une flamme. Non loin du livre en ruine, une bibliothèque en bois verni accueille sur chacune de ses étagères un mur de pierres sèches. Serrées les unes contre les autres, elles sont autant de recueils que ni le temps ni les vents ne viendront écrouler. L’objet ne risque plus l’altération, il est maintenant rendu à l’état minéral. En disparaissant, les livres perdent en matérialité ce qu’ils gagnent en pesanteur.

« Sans titre (le terril) » met en scène le confetti – symbole festif s’il en est – tout en annihilant sa valeur intrinsèque. Car deux tonnes de confettis noirs, agencés en monticule, excluent toute idée de manifestation joyeuse et seraient plutôt le résultat carbonisé d’un labeur ouvrier, bien loin des effusions de bonheur collectif surjoué. La fête est finie mais la masse de l’ensemble n’annule pas la réalité de chaque particule. Et l’on sent bien qu’un coup de vent, un coup de pied ou toute autre manifestation d’un mouvement quelconque pourrait faire exploser le tas, et lui rendre ainsi sa légèreté perdue.