Pour un art pauvre

Carré d’Art – Musée d’art contemporain de Nîmes
4 janvier 2012

Aller ailleurs comme en bas de chez soi, le soleil en plus.

Le Carré d’Art est un bloc à la fois dense et ouvert où tout circule parfaitement : les hommes, le regard et la lumière. Le lieu est généreux, aérien. Les murs de verre ouvrent des perspectives jusqu’aux toits de la ville. Investie par des œuvres sobres et subtiles, l’espace se révèle en tant qu’architecture et entretient avec les sculptures présentées un rapport singulier.

La première salle – en fait un lieu de passage – est offerte à Abraham Cruzvillegas et son arc en suspend marque la diagonale du lieu en toute légèreté. S’en suit un compas de Katinka Bock dont une des branches prend appui sur le sol, formant un cercle tracé par le seul regard. Échappant à la vue, un ballon est maintenu caché à l’arrière d’un pan de mur, visible depuis une salle sous-jacente mais révélé par l’entremise de l’installation. À l’étendue de la salle suivante répond celle d’un fragile tapis de pigment, poudre libre contenue dans une forme stable mais prête à la dispersion. Installé verticalement, le pan de moquette de Thea Djordjadze court du mur jusqu’au sol et tient lieu autant d’espace d’exposition que de surface colorée intégrée à l’œuvre.

La terrasse est occupée en deux temps : en permanence par les pliages de métal de Gabriel Kuri et occasionnellement par les fumeurs de l’établissement, laissant au passage quelques mégots sur ces réceptacles décalés. Remplies, vidées et à nouveau occupées, les bouteilles d’Abraham Cruzvillegas accueillent autant de tiges végétales qu’il en faut pour densifier l’espace et faire écho à l’unique arc de bois précédemment rencontré.

Avec les œuvres de Gyan Panchal et Gedi Sibony, les couleurs ajoutées disparaissent et le matériau continue à être pris à contre-emploi pour en révéler toute la fragilité. Les plans verticaux sont brisés, en tension avec le mur porteur. Blocs de matière sédimentée, les deux pièces minérales de Guillaume Leblon scandent l’espace comme deux bornes d’une même ligne temporelle.

C’est point par point que Katinka Bock matérialise la succession des jours. Tel un chapelet égrené méthodiquement, chaque pavé est déplacé d’une extrémité à l’autre de la ligne courant le long du mur. Instable et précise, l’œuvre marque ainsi cette attention constante à l’espace et au temps, à la circulation des choses et des êtres qui les contemplent.