Delphine Reist

Averse

In extremis

Je provoque les chutes. Chaque fois que j’arrive dans une pièce, quelque chose tombe. Les livres valdinguent, les feuilles s’envolent, les stylos roulent. Pas un instant sans qu’un objet ne chancelle autour de moi : les tasses de café se renversent sur mon passage, les chaises ne tiennent pas debout, même la lumière décline. Moi-même j’ai tendance à me casser la gueule, je ne compte plus les fois où j’ai fini en bas des escaliers bien plus vite que prévu. J’évite les magasins de porcelaine et autres musées des objets précieux, conscient des catastrophes en puissance. Et puis un jour, ça m’est tombé dessus, une toute petite personne est entrée dans ma vie. Au début, elle ne prenait pas de risque et évoluait à quatre pattes. Quand elle a voulu avancer debout, nous avons tous les deux expérimenté la panoplie des gamelles possibles (vers l’avant, vers l’arrière, avec ou sans élan, je vous passe les détails mais force est de constater que nous étions du même niveau). Le jour où elle me lâcha la main pour traverser la pièce d’un pas assuré, ce fut l’accalmie. L’averse cessa et c’est en sa compagnie que j’avance maintenant, sans l’ombre d’une hésitation.