Berlinde De Bruyckere

Espace Claude Berri

Calée dans un meuble à la porte vitrée, une femme sans tête ni bras, à la peau blafarde, veinée de rose et de bleu. Le corps est malmené, osseux, tortueux, déformé. Un deuxième corps réduit à l’état de tronc, s’y trouve apposé, face contre face. L’assemblage de ces deux entités ne forme plus qu’un seul être, une seule masse indéfinissable et pourtant reconnaissable.

D’autres troncs, végétaux cette fois-ci, se trouvent exposés dans une grande vitrine aux portes de verre. Au bas de cet alignement, des couvertures sagement pliées, empilées, et dont l’horizontalité fait socle, présentent un appui pour les végétaux de cire. Ces couvertures sont en fin de vie, élimées, aux couleurs ternes. Elles portent en elles une histoire muette, tout comme les meubles dans lesquels sont exposés les différentes sculptures. La matière utilisée (de la cire teintée de pigments ou de plomb) permet de confectionner par moulage des objets proches du réel. L’artiste travaille cette matière pour l’éloigner de la ressemblance parfaite et donner vie à ces sculptures.

L’écart d’avec la normalité fait basculer les corps vers une monstruosité troublante, inquiétante. Proches du réel tangible, les sculptures de Berlinde De Bruyckere s’en éloignent profondément. C’est cette différence qui suscite l’intérêt. Nous sommes au cœur de «l’inquiétante étrangeté» de Freud quand l’imaginaire surgit dans le réel et transforme celui-ci en quelque chose d’étrange, de non apprivoisé. Voilà matérialisé ici ce sentiment, tout à la fois troublant et fascinant.