Stéphane Thidet

Le refuge

J’aime les cabanes. Les cabanes en bois, en tissu, en carton, en livres ouverts et en fougères tressées. Bien cachées au fond du jardin ou en évidence au cœur de la maison, sous le piano ou dans un arbre. Pour y vivre, y dormir, lire et rêver, entasser mes trésors et être à l’abri du monde. J’ai passé mon enfance à en construire. Quand je n’en bricolais pas une, je dessinais les plans de la prochaine. Ni mes frères ni bien sûr mes parents n’avaient le droit d’y entrer, seule ma petite sœur pouvait venir à sa guise y inventer des histoires et étouffer des fous rires. Un jour, mes cabanes sont devenues trop étroites pour nos corps de grands et il a fallu partir pour se lancer dans la vraie vie.
Les voyages m’ont ouvert les yeux et le cœur. J’ai découvert des abris de pierres, de paille, de bois. J’ai croisé des hommes qui vivaient sous des cartons dans des pays en paix et des enfants terrés sous des bâches dans des pays en guerre. J’ai raconté leurs vies sur du papier pour que le monde entier sache qu’il existe des maisons où la pluie tombe et où le sol n’est que terre foulée. J’ai erré avec les errants pour dire leur passé abandonné et leurs rêves de foyers doux. À mon tour je suis entré dans des cabanes qui n’étaient plus des jeux mais des refuges contre la peur. J’ai fait le tour de la misère avant de revenir chez moi, lentement. En mon absence, les petits avaient bricolé une cachette avec un parapluie et un grand drap. À l’abri des regards au milieu du salon, ils chuchotaient des secrets que l’on faisait semblant de ne pas entendre. J’ai posé mon sac et attendu patiemment la fin des conciliabules pour annoncer mon retour.