Berlinde De Bruyckere

Sculptures & drawings / SMAK

À mes fantômes

Nous étions monture et cavalier, couple unis par le mouvement. Nous étions tour à tour celui qui guide et celui qui va, celui qui mène et qui emmène. Nous nous chuchotions des secrets que seul le vent entendait. La douceur de sa peau me réchauffait le cœur. J’étais sa chair et il était mienne. Nous étions un.
Ce jour-là, il n’y eu pas un cri. Rien, pas un bruit. C’est dans un profond silence que nos corps se sont disjoints. Ma carcasse d’un côté, sa viande de l’autre. Deux cadavres de plus au milieu du reste. Depuis j’ai froid, si froid. Je voudrais hurler mais pas un mot ne vient. Le vent est seul à se mouvoir dans ce désastre, à soulever la poussière qui retombe en pluie et nous recouvre petit à petit. Déjà les vallons de nos corps se fondent dans le paysage, le chaos nous engloutit sans qu’un son ne puisse sortir de nos bouches décharnées.
Au loin, des survivants chantent. Il est question de larmes, de citoyens, je n’y comprends rien.