Mark Lewis

Cold Morning

J’aime prendre mon temps. Je vois la foule à mes côtés qui court à perdre haleine. Je la laisse s’épuiser. Je suis le rocher autour duquel le flot tourbillonne. Je n’offre aucune résistance. Je suis là, c’est tout.

Il fut un temps où moi aussi je glissais dans le flux des jours et des tâches à accomplir dans l’instant. J’étais de ceux qui remplissent leur existence de mille choses pour ne laisser aucune place au silence. Aucun répit, du bruit et encore du bruit, des cavalcades et des virages pleins de poussière. Ne pas perdre la cadence sous peine de perdre la vie. Remplir à ras bord le moindre interstice, se gaver de mouvement jusqu’à plus soif.

Et puis est arrivé le jour où tout cela s’est arrêté. Quelque chose s’est cassé mais je n’ai pas compris tout de suite que c’était en moi. J’ai accusé la Terre entière de m’empêcher d’avancer sans voir que je ne pouvais pas faire un pas de plus. Maintenant je suis là, couché sur mes cartons, au milieu du monde qui perd l’équilibre et se rattrape en courant.