Laurent Tixador

L’évasion

Je n’ai jamais aimé les grands espaces. Trop de vide me fait perdre pied. Dès que les murs autour de moi s’éloignent, je flotte, je divague et je finis étranger à moi-même, ballotté par les vents et les courants. À l’ivresse des steppes, j’ai toujours préféré le bonheur feutré des cabanes exiguës, des nichoirs ou des tentes d’Indien. Il me faut pouvoir toucher les murs de ma maison en tendant le bras pour être bien. Vous comprendrez alors ma joie quand j’ai découvert mon nouveau lieu de vie ! À peine plus long que moi, d’une hauteur tout juste suffisante pour se tenir assis, il me va à ravir. J’y passe des journées formidables, entre aménagement intérieur et gestion de la vie quotidienne, je n’ai pas une seconde à moi ! De plus, avec ces parois transparentes, je reçois plus de lumière qu’il n’en faut, c’est parfait. Je peux enfin contempler le monde sans risquer de me perdre. Le seul souci, c’est la fragilité de l’habitacle. Un coup de vent, une bousculade et voilà une vie qui vole en éclat. Mais je suis confiant, mes hôtes sont prudents. Ils m’ont installé sur un socle solide et stable, je suis à l’abri de tout, même de la poussière. À moi les voyages au long cours et les aventures imprévisibles ! Je suis prêt.