Antoine Desailly

Le dessin comme sample (extrait de l’entretien)
Roven n°8

Basé sur la répétition du motif, le travail d’Antoine Desailly s’organise en séries. En prélevant des fragments du réel, il porte un regard décalé sur le quotidien et donne de la valeur aux objets et aux êtres mis de côté. Sa façon d’échantillonner la réalité et de la mettre en boucle crée un rythme graphique dont chaque dessin se fait l’écho.

Claire Taillandier : Comment s’est construite la série de dessins sur papier quadrillé ?

Antoine Desailly : Au départ cette idée de répétition est née de la peinture. Je faisais de grandes peintures sur papier en jouant avec les lois et les codes du papier peint. C’était une façon de sortir du tableau, de se confronter à ce médium d’une manière moins noble, plus trivial et de pouvoir ainsi peindre d’une manière plus libre. C’est par la suite que le dessin a pris le dessus. Le format d’une feuille de papier me parait plus juste et plus modeste quant aux idées que je véhicule. Les petits carreaux en trame de fond m’aident à organiser, à composer l’image mais ils ajoutent également une strate supplémentaire. Cette grille symbolise l’ordonné et le rationnel, elle souligne et accentue les aléas du dessin sur fond de rigidité et d’ordre établi.

C.T. : Que cherchez-vous dans la répétition d’un même sujet ?

A.D. : Le fait de prendre un élément, de l’isoler et de le multiplier jusqu’à saturation est une manière d’exacerber le sens caché et contenu dans cet élément. Cela me permet d’en augmenter son pouvoir ou au contraire de le désamorcer. Je ne possède pas l’esprit de synthèse alors je fragmente, j’isole et multiplie pour parvenir à une sorte de vision globale. C’est une réflexion par réduction. (…)