Christian Marclay

The Clock

Temps libre

Rien ne sert de courir, de regarder sa montre en espérant que le temps s’accélère ou ralentisse puisque tout est déjà là. Le monde existe pour que je puisse en disposer, y piocher ce qui m’intéresse et en faire ce que bon me semble.
C’est en enfance que tout se joue. Comment résister au plaisir de la chose ramassée, à son appel implorant : « Prends-moi ou je serai perdue ! » Comment ne pas être un Petit Poucet à rebours qui ramasse les cailloux au lieu de les semer ? Tout a commencé là, dans la création non pas d’une chose nouvelle mais d’une histoire entre les objets existants. Les petits cailloux d’abord et les contes semés d’embûches. Puis les fleurs séchées et les mots d’amour qu’elles chuchotaient au fond d’un portefeuille ou entre les pages d’un livre. Une collection chassait l’autre et quand l’une prenait fin, ce qui la constituait reprenait sa place dans le monde – les cailloux au bord des chemins et les fleurs dans les prés.
Plus tard, j’ai collectionné les mots, les poèmes, les citations puis les livres, évidemment. Mais ce sont les images qui transformèrent cette propension en un véritable travail à plein temps. Elles étaient la matière première que je cherchais depuis toujours. Maintenant je regarde chaque film avec un cutter à portée de main. Je découpe, je morcelle, je fragmente pour monter ma propre pièce. J’accumule plus de morceaux qu’il n’en faut puis je construis mon propre édifice. Le son sert de liant, la musique enrobe le tout. Pas la peine de se presser, il suffit de ramasser ce qui existe. Je suis un cueilleur, les choses s’offrent à moi au gré de mes déambulations. Rien ne sort de moi-même qui ne soit déjà présent au monde. J’ai tout mon temps alors je le prélève dans les films des autres. Je prends avec moi les montres et les horloges, les pendules et les annonces qui ponctuent le jour et la nuit. Je capture les secondes qui s’égrainent, les minutes volées, les heures perdues et je les rassemble dans l’ordre, celui du temps qui passe et qu’on ne rattrape jamais.