Pierre Huyghe

L’ellipse (1998)
« Passage du temps » Tri postal, Lille
31 octobre 2007

L’écran est partagé en trois, sur chaque tiers est diffusé successivement un film. Sur la partie gauche de l’écran, le premier film est un extrait de « L’ami américain » de Win Wenders (1977) dans lequel un homme reçoit un appel téléphonique d’un autre homme lui demandant de le rejoindre. L’acteur, Bruno Ganz, raccroche le combiné et prend l’ascenseur. Là commence le deuxième film, diffusé sur l’écran central. Notre homme – toujours le même acteur mais vieilli – sort d’un immeuble et traverse à pied le pont de Grenelle à Paris pour rejoindre son interlocuteur. La scène est filmée en temps réel. Aucun dialogue puisque l’homme ne rencontre personne et se contente de marcher. Arrivé en bas de l’immeuble, le troisième film commence : on y retrouve les deux protagonistes du départ, cette fois-ci dans une même pièce, qui continuent leur conversation commencée au téléphone.

Le travail de Pierre Huyghe consiste à intercaler dans un film existant une scène fictive mais cohérente. Alors qu’elle n’existait pas dans le film d’origine, elle apparaît ici dans toute sa durée. Le découpage temporel, nécessaire à Win Wenders pour donner un rythme et éviter les longueurs, est ici annulé par Pierre Huyghe. Le temps passé entre la réalisation des deux films est visible : le corps de l’acteur Bruno Ganz s’est transformé, tout comme le paysage parisien ou la qualité de l’image. Rien n’est matériellement continu entre l’épisode ajouté et le film initial mais la narration linéaire assure la cohérence du projet.