Vincent Mauger

Catalogue Super Asymmetry
D’aplomb au-dessus du vide (pdf)

Peu d’œuvres vous happent. Souvent la distance entre elles et nous demeure infranchissable, chacun son propre espace et tout ira bien. Au mieux l’œuvre attire le regard, quelquefois le corps suit et ne résiste pas à l’envie de s’approcher par cercles concentriques au diamètre de plus en plus court, jusqu’au contact malheureusement interdit par l’usage. Présentée dans le cadre de l’exposition Dynasty au Musée d’art moderne de la ville de Paris en 2010, la sculpture de Vincent Mauger a déployé ses ailes et capturé ceux qui passaient par là.

L’œuvre présente deux faces contradictoires et complémentaires. Le dos est plat, incliné à 45° avec le sol. La face est constituée de reliefs tombants, concrétions minérales plus ou moins grandes, stalactites découpées dans la masse grise. De prime abord le béton rugueux, lourd et compact a servi de matériau de base. Le corps-à-corps a dû être rude entre l’artiste et la matière. Saisi par la régularité des formes, le regard navigue entre lignes et courbes. Recto : la structure est prégnante. Lignes de cercles parfaits, le rythme est immuable et sans fin. La surface est une plaine que rien n’arrête si ce n’est le bord, précipice irrégulier qui attire dangereusement. Verso : c’est un abîme en suspension, percé de mille orifices circulaires, perméable au regard. Le volume démesuré porte bien au-delà du corps. La lumière y entre, transperçante. Le jeu se fait entre vide et plein.

À y regarder le plus près – et tout se joue dans la proximité de ce regard-là, dans la mise au point nécessaire comme un retour à la pénombre après un éblouissement – il ne s’agit pas de matière minérale mais du polystyrène de casiers à bouteilles. Et là, par le truchement d’un changement de perspective, la masse de l’objet change sous nos yeux. D’empesée elle devient légère, aérienne. On se plierait bien au jeu de la soulever pour en affronter le poids. Déambulant sous les reliefs, ce n’est plus la peur d’être enseveli mais le plaisir d’être abrité qui survient. Protégé du monde par une masse légère, voilà ce qu’il advient quand on se laisse happer… (…)